Mot de la présidence
Mot de la présidence
Dernièrement, j’ai eu le privilège de prendre part, avec une dizaine d’autres intervenants du milieu de l’éducation, à un grand bilan Radio-Canada sur les six derniers mois dans le réseau de l’éducation. J’ai pu m’entretenir avec la journaliste Fannie Bussières McNicoll sur les impacts des coupures, les mauvais choix du gouvernement, les conséquences à venir des nombreuses modifications à la Loi sur la laïcité et plus encore. Et dans tous nos échanges, un élément revient sans cesse : la CAQ minimise systématiquement l’impact qu’ont sur les élèves les décisions qui affectent le personnel de soutien.
Radio-Canada souhaitait faire un retour plus spécifique commençant au moment où Bernard Drainville, alors ministre de l’Éducation pour la CAQ, a annoncé qu’il coupait plus d’un demi-milliard de dollars dans le réseau. Cependant, à nos yeux, la crise commence un peu plus tôt, alors qu’à la fin de l’automne 2024, le gouvernement caquiste annonçait un gel des embauches en éducation primaire et secondaire, ainsi que dans le réseau collégial. Certes, notre réseau de l’éducation est à bout de souffle depuis de nombreuses années, mais la récente entente à la suite de la négociation du secteur public pouvait nous donner un certain espoir. En plus de hausses salariales importantes, l’entente prévoyait de nombreux ajustements aux conditions de travail qui laissaient présager certaines améliorations. Pensons notamment aux aides à la classe qui commençaient alors à se stabiliser, permettant à la fois de donner un souffle au personnel enseignant et donnant un nouveau rôle qui mettait en valeur le travail du personnel de soutien. Or, l’annonce du gel d’embauche à la veille des fêtes de l’an dernier est venue déstabiliser l’équilibre fragile qui commençait à se créer.
À ce moment, la CAQ commence à instaurer une nouvelle idée dans l’espace public : il existerait deux « catégories » de personnel dans le réseau de l’éducation, soit celles et ceux qui offrent un service direct à l’élève et celles et ceux qui travaillent « sans que ça n’affecte le service à l’élève ». Vous et moi savons très bien que cette distinction est impossible puisque le réseau de l’éducation n’a qu’une seule grande mission : former les enfants. Si certaines personnes travaillent parfois dans l’ombre, elles ne sont pas moins importantes quant à l’accomplissement de cette mission. Par exemple, si on coupe le concierge et que les lieux deviennent insalubres, on ne peut offrir un environnement propice à l’apprentissage. Ou encore, si on coupe le personnel responsable de la coordination du transport scolaire, comment les élèves peuvent-ils se rendre à l’école? Si le service de garde doit fermer faute de personnel disponible, qui se charge des enfants alors que de très nombreux parents sont encore au travail? Dans un réseau structuré entièrement autour de l’idée d’offrir un service à l’élève, il est complètement absurde de penser que de couper du personnel, peu importe son rôle ou son titre, n’aura pas un impact.
C’est de ça que j’ai parlé avec Mme Bussières McNicoll. De l’impact de ce gel d’embauche, puis de l’annonce tardive d’une coupe massive dans les budgets de l’éducation alors que plusieurs postes étaient déjà pourvus pour l’année scolaire 2025-2026. Nous avons parlé du chaos qui en découle alors que les commissions et centres de services scolaires annoncent des coupes de postes pour répondre aux nouvelles contraintes, de l’incertitude qui pousse alors des centaines, voire des milliers de travailleuses et de travailleurs du réseau à se trouver de nouveaux emplois, de l’annonce du retour des sommes sous conditions, d’une timide réembauche, puisque les conditions sont trop serrées… Puis arrive le remaniement. Trop peu, trop tard. Si Mme LeBel semble sincèrement souhaiter une amélioration, si elle a levé certaines conditions pour donner un peu d’air, le mal était déjà fait. La pression est déjà trop grande et le gouvernement devra en faire beaucoup plus pour « apaiser le réseau ».
Nous avons aussi parlé des impacts des nombreuses modifications à la Loi sur la laïcité de l’État qui ajoutent une couche d’incertitude et de contraintes, notamment dans les grands centres urbains où la réalité cosmopolite entre en contradiction directe avec une loi trop stricte et appliquée sans discernement.
Bref, la dernière année fut difficile pour le réseau de l’éducation au Québec. Je termine en vous invitant à lire et à écouter les reportages de Radio-Canada qui font un excellent travail de vulgarisation de ce que nous avons vécu. Sachez que la Fédération des employées et employés de services publics vous a défendu toute l’année avec force et conviction et que nous continuerons de le faire.
Solidarité
Frédéric Brun
Président de la FEESP-CSN
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